LE PARCOURS DE L’ARTISTE ISAFLO

Voyages au Maroc qui donnent l’inspiration pour une série de toiles d’où surgissent silhouettes bleues sur des grands aplats figurant des villes. La série est menée jusqu’à épuisement du motif et où subsistent des effets de matière que l’on trouve dans certaines toiles abstraites. Les silhouettes sont parties migrer dans d’autres toiles pour muter en ombres filiformes emblèmes de la mode d’aujourd’hui.
Les aplats qui parfois figurent les murs laissent d’autres fois entrevoir l’architecture romane dans une série « lumière cathédrale ». Le regard est conduit vers l’esquisse d’une arche déambulant dans les nimbes picturaux. Puis, l’artiste sur un fil d’actualité, vient perturber à un moment donné le calme de cette architecture et s’interroge sur le climat et ses changements, source d’inspiration d’une nouvelle série qui mêle la pollution, l’environnement, la planète, etc.…
Le cheminement de l’artiste est un sillage virevoltant comme une chicane qui oscille au fil des images qui s’imprègnent dans le regard de l’artiste. Ce regard fonctionne comme un filtre qui absorbe le réel pour le retranscrire sur la surface plane de la toile. Le châssis se met alors à vibrer, à raisonner, donnant des images évocatrices sans jamais donner à voir en entier l’objet d’inspiration de départ.
La série actuelle fait émerger l’envie de retranscrire la matière de la rouille comme un ricochet logique à la transformation de la matière qui fascine l’artiste :
Ces bruns qui deviennent orange, qui rongent le gris de l’acier, interrogent ! En quelque sorte une nature morte contemporaine qui évoque la finitude de l’objet. Les codes de la représentation de la vanité tel que le crâne, la fleur prête à faner,le sablier qui évoque le temps qui passe, se substituent à la plaque sensible métallique qui se désagrège par le biais de la rouille, ces carcasses de bateaux rouillés dégoulinant dans la mer d’Aral, qu’ils soient évoqués par leur silhouettes ou simplement de gros plans de leurs carénages, sont d’autant d’images de la vanité de notre monde qui produit des objets dont il se débarrasse et qui viennent détruire un peu plus chaque jour notre environnement.

Si de prime à bord les peintures d’ISAFLO semblent être un peu de matière, de jubilation avec la couleur, des harmonies et des contrastes colorés, elles apportent tout de même un regard, une observation, une réflexion sur le monde qui entoure l’artiste.
Dans chaque chose il y a de la beauté comme le dit si bien le poème de Baudelaire « à une charogne » qui fait l’apologie d’une matière en décomposition. La rouille, angoisse des marins qui repeignent sans cesse la coque de leur bateau, renferme une certaine beauté que l’artiste retranscrit dans ses œuvres. Ces objets abandonnés en décharges sauvages que l’on croise au détour d’un chemin, vieux bidons, radiateurs, carcasses de voitures sorties de l’eau deviennent le motif de l’artiste, souvent détourné, ou vu à la loupe et souvent un clin d’œil pour illustrer son art.

Laure Becker Professeur Agrégée d’Arts plastiques à Strasbourg
 



  :: © 2008-2016   site créé sur ODEXPO.com   Concepteur de sites pour les artistes  . peinture . sculpture . photographie . dessin . artisanat d'art . galerie d'art